Gender pain gap :
quel est l’impact du sexe et du genre sur la perception de la douleur ?
Sexe vs genre :
Le genre : Construction sociale. Ce sont les attentes, rôles et expressions culturels.
Le sexe : Correspond au profil génétique, aux niveaux d’hormones sexuelles (testostérone, estradiol), …
Bien que la douleur remplisse habituellement une fonction de signal d’alarme utile à la survie, elle peut également avoir des conséquences délétères sur le fonctionnement physique, psychologique et social. Une distinction fondamentale repose sur sa durée :
Douleur aiguë : Dure moins de 12 semaines (3 mois). Elle possède un rôle protecteur et adaptatif direct.
Douleur chronique : Persiste au-delà de 12 semaines (3 mois). Elle perd sa fonction d’alerte et devient une pathologie à part entière.
Les 4 composantes de la douleur
Typologie physiopathologique de la douleur chronique
Douleurs inflammatoires : Issues d’un processus inflammatoire persistant (ex. atteintes articulaires) provoquant une sensibilisation périphérique et centrale hyper-réactive.
Douleurs neuropathiques : Causées par une lésion directe du système nerveux (central ou périphérique). Souvent résistante aux antalgiques conventionnels.
Douleurs mixtes : Coexistence de composantes inflammatoires et neuropathiques (ex. lombosciatique, douleurs cancéreuses).
Douleurs nociplastiques : Dysrégulation des systèmes de modulation de la douleur sans lésion tissulaire ou nerveuse objective identifiable (ex. fibromyalgie).
Physiologie générale et voie nerveuse
Le cheminement du signal suit 4 grandes étapes : Transduction (conversion en signal électrique par les nocicepteurs), Transmission (propagation via les nerfs vers la moelle puis le cerveau), Modulation (ajustement du signal) et Perception (Intégration consciente).
Il existe différentes fibres sensorielles :
Fibres Aδ (A-delta) : Fines, légèrement myélinisées. Vitesse de conduction modérée (5-40 m/s). Transmettent une douleur brève, vive, piquante et très bien localisée.
Fibres C : Majoritaires (80%), non myélinisées. Vitesse de conduction lente (0,5 m/s). Transmettent une douleur sourde, diffuse, persistante et polymodale (thermique, mécanique, chimique).
Fibre Aβ (A-bêta) : Gros calibres, fortement myélinisées. Vitesse de conduction élevée (50-60 m/s). Transmettent le tact non douloureux et modulent la douleur via la moelle épinière.
Représentation des différentes fibres. Source : Berlemont C, Conradi S, Piano V. La genèse de la douleur II : les voies ascendantes de la douleur. La boîte à outils des professions de la santé. 2022;54‑5.
La théorie du gate control (théorie du portillon)
Formulée par Melzack et Wall en 1965, cette théorie stipule que la moelle épinière agit comme un filtre ou un portillon capable de bloquer ou de laisser passer le signal douloureux vers le cerveau :
Fermeture du Portillon : La stimulation des grosses fibres tactiles non nociceptives (Aβ) active un interneurone inhibiteur spinal, réduisant la transmission de la douleur par le neurone de projection. C’est l’explication du réflexe de frotter vigoureusement une zone après un coup.
Ouverture du portillon : L’activation exclusive des fibres nociceptives fines (Aδ et C) lève cette inhibition naturelle, laissant la voie ouverte à la transmission vers les centres cérébraux supérieurs.
Cartographie neurochimique de la douleur
Variabilité biologique : sexe et genre
Chez la femme biologique : Seuils de tolérance à la douleur globalement plus bas et prévalence accrue des pathologies chroniques (fybromyalgie, migraines). Les fluctuations d’oestrogènes augmentent la sensibilité à la douleur tandis que la progestérone active les récepteurs protecteurs GABA et glycine. Il existe donc une variabilité de la sensibilité de la douleur selon la phase du cycle menstruel comme le montre le schéma ci-dessous.
Sensibilité à la douleur selon la période du cycle menstruel chez les femmes en âge de procréer ne suivant pas de traitement hormonal. Athnaiel O, Cantillo S, Paredes S, Knezevic NN. The Role of Sex Hormones in Pain-Related Conditions. Int J Mol Sci. 18 janv 2023;24(3):1866. doi:10.3390/ijms24031866
Chez l’homme biologique : Seuils de tolérance plus élevés que chez les femmes biologiques. La testostérone exerce un effet protecteur direct (hypoalgésique) en diminuant la libération de cytokines pro-inflammatoires (TNF-α) et en limitant l’activité des canaux nociceptifs TRP1V (récepteurs à la capsaïcine).
Chez les personnes transgenres : Les données montrent une inversion pharmacologique liée à l’hormonothérapie. L’hormonothérapie féminisante (oestrogène) augmente la sensibilité à la douleur et le risque de migraine, alors que l’hormonothérapie masculinisante (testostérone) tend à diminuer significativement la nociception.